dimanche 18 mars 2012

Festival Circulation(s)



Comment ne pas s'emballer pour le festival Circulation(s), qui se déroule en ce moment-même dans le sympathique cadre du Parc de la Bagatelle. L'exposition présente des travaux photographiques de jeunes artistes européens. Elle se divise en deux parties, respectivement au Trianon et à la Galerie Côté Seine. Le jury a sélectionné un large panel de sujets et thèmes pour cette manifestation. On découvre de jeunes talents très imaginatifs. En voyant ces photographies, on est frappé par l'esprit créatif qui émane de cette sélection. Bien sûr, nous retrouvons des thèmes déjà rencontrés dans la photographie (la famille, la consommation, le voyage, l'intime, etc.). On peut penser que cet événement ravira tous les amoureux de la photo tant elle est riche et se décline sous différentes formes : le reportage, la photographie plasticienne, la photo amateur.

L'exposition se termine le week-end prochain alors allez vite vous promenez là-bas. C'est gratuit en plus !


mardi 13 mars 2012

Brice Thévenot à la Galerie Artelie



Une brusque envie de reprendre la plume après la belle surprise que la galerie Artelie, à Paris, nous présente ce mois-ci. C'est une modeste exposition de compositions plastiques, mais pas des moins déplaisantes, qui nous est proposée dans ce lieu. Brice Thévenot pratique un art comprimé comme il l'appelle. En découvrant ses toiles, on reconnaît immédiatement les emballages de nos médicaments. Ce matériau est justement support à sa peinture, mais c'est surtout sa matière première pour travailler. Elle relève d'une importante entreprise de collecte. Sur la toile, ces emballages sont juxtaposés, jusqu'à créer une émotion esthétique. Bruts ou peints, l'emballage s'avère être un formidable matériau, polyvalent d'une certaine manière. Le volume et l'aspect métallisé de celui-ci permet de jouer sur plusieurs visions. Son volume crée de la forme à la toile. Le monochrome devient sculptural. Quant à la surface argentée de l'emballage, elle permet de faire émaner de la lumière de ses toiles.

Mais derrière cette lecture esthétique, cette accumulation de déchets médicamenteux témoignent aussi d'une consommation. Le matériau choisit par Brice Thévenot n'est pas innocent ; il est la marque d'une certaine ère de notre société. Il y a donc à la fois une vision purement esthétique de cette matière plastique, et dans un second temps une vision sociologique de sa démarche.

A découvrir jusqu'au 30 avril.

dimanche 6 novembre 2011

La photo de famille

Cinq mois sont presque passés depuis le dernier article Des Mots qui Regardent. Une petite parenthèse dans le temps m'oblige à m'investir dans d'autres projets. En attendant mes prochaines écritures photographiques, je vous propose d'écouter l'émission de Service public (France Inter) du 10 octobre dernier qui traite le thème de la photo de famille.

http://www.franceinter.fr/emission-service-public-dans-le-cadre-du-salon-de-la-photo-la-photo-de-famille

mercredi 29 juin 2011

Le tout-tourisme photographique

L'autre jour que je me promenais dans les jardins de Versailles, je me suis aperçue que nous étions dans une de ces périodes propices à la photographie. Pas n'importe quelle photographie bien sûr, celle de l'amateur évidemment. La saison estivale débute : les beaux jours s'installent, les vacanciers débarquent et les appareils photos sont de sortie. Tout est bon à capturer. A Versailles, il ne devait certainement pas y avoir un groupe de touristes sans un appareil photo. En voyant tous ces photographes amateurs, cela m'a rappelée la célèbre photographie de Martin Parr qui nous montre un groupe de touristes se faisant immortaliser devant le Parthénon à Athènes. Cette image n'est autre qu'une ironie de la photographie qu'on appelle « touristique ».

L'été est certainement le moment de l'année où l'amateur produit le plus de photos. Depuis la « démocratisation » de la pratique photographique, cela a toujours été. A partir du temps où les appareils photos ont été simplifiés et rendus accessibles aux classes moyennes (c'est-à-dire dans les années 1960 avec l'arrivée du premier Instamatic chez Kodak), la photographie est devenue populaire. Pour mieux comprendre ce phénomène, il nous suffit simplement de rappeler la raison de cet art populaire. Qu'est-ce qui nous pousse davantage au déclenchement de l'appareil photo pendant ces moments de distraction qu'en temps courant ?


Lors de nos loisirs ou de nos vacances, nous sortons du cadre quotidien, nous quittons nos occupations habituelles. Comme l'explique Rachid Amirou dans son livre Imaginaire touristique et sociabilité du voyage : « L'espace des vacances est une scène bien séparée du monde ordinaire, un simulacre d'île. C'est un univers théâtral. »1 Ces moments de détente sont consacrés à de la détente, à des activités sportives, à des divertissements, ou encore à des visites touristiques. La plupart du temps, nous aimons capturer ces instants par le moyen photographique. La photo touristique est souvent construite à partir d'un monument, d'un site célèbre ou d'un paysage digne d'une carte postale. Avec ces tableaux comme guise de scène, nous pouvons ainsi confirmer l'affirmation de Rachid Amirou qui parle de « théâtre » pour désigner l'espace des vacances.

Il nous arrive fréquemment de poser devant ces cadres. De cette manière, nous n'éternisons pas seulement le monument, mais plutôt nous-mêmes devant les édifices. Le monument c'est en fait le loisir-même et c'est ce que le photographe amateur va solenniser. Les images qui en résultent célèbrent ces temps forts que sont les loisirs et les vacances. De plus, la photographie nous permet, à nous touristes, de réaliser nos propres « cartes postales ». Ce sont nos images de paysages. C'est nous qui les avons prises.


Enfin, nous pouvons affirmer que la photographie s'impose aux touristes. Elle permet l'appropriation des lieux et elle sert de « support d'une remémoration individuelle ou collective »2, pour emprunter l'expression à Catherine Bertho Lavenir, auteur de l'ouvrage La Roue et le stylo. Cette dernière explique par ailleurs :


« L'usage social de la photographie ne se borne pas au moment du voyage. Les clichés permettent de s'en remémorer les moments intenses, entre participants, et de le re-présenter à ceux qui ne l'ont pas fait. De la même façon que la mémoire choisit les souvenirs, un tri s'opère dans les photographies. Épuré, simplifié, débarrassé de ses scories, le voyage photographique devient le voyage idéal. »3


La photographie est donc là pour rendre compte de ces moments idéaux, elle se doit de les représenter ainsi.

1Rachid Amirou, Imaginaire touristique et sociabilité du voyage, éd. PUF, collection « Le Sociologue », Paris, 1995, p. 117.

2Catherine Bertho Lavenir, La Roue et le stylo, éd. Odile Jacob, collection « Le Champ médiologique », Paris, 1999, p. 263.

3Ibid., p. 268 – p. 269.

lundi 13 juin 2011

Joachim Mogarra



Avez-vous remarqué, vous aussi, l'affiche choisie pour illustrer, cette année, la cinquième nuit européenne des musées qui s'est déroulée le mois dernier ? Il s'agit d'une photographie représentant des individus qui se dirigent vers l'entrée d'un lieu. L'auteur de cette image n'est autre que Joachim Mogarra. L'artiste utilise des moyens très simples ; avec un rien, il fabrique une petite saynète dans le noir : des bonhommes en papier, une maquette et une lune peut-être bien en papier mâché.


Cette affiche est tout à fait représentative de son oeuvre. En effet, Mogarra transcrit le monde dans son langage, celui des petits objets et de la photographie. Il accompagne souvent ces images de courts textes écrits à la main. L'association des deux crée généralement de l'amusement chez le spectateur.




Pour ces images, il emprunte un imaginaire enfantin qui parle d'aventure et met en scène des jouets. Dans la plaquette de sa dernière exposition, « Une vie aventureuse », qui a eu lieu au Point du Jour à Cherbourg, est écrit : « L'écart visible entre l'image et ce qu'elle est cencée représenter, les différences d'échelle et le mélange des registres provoquent immédiatement le rire ; mais avec légèreté ce sont aussi nos manières de voir et de penser que ces clichés mettent en question. »

En attendant sa prochaine exposition, vous pouvez vous procurer Récits de voyage paru cette année aux éditions du Point du Jour. Ainsi, vous pourrez profiter de l'univers jubilatoire de Joachim Mogarra.


samedi 16 avril 2011

Collages de Jacques Prévert, Photos Détournées



Une petite exposition, mais pas des moindres, s'est achevée la semaine dernière à la Maison Européenne de la Photographie : « Collages de Jacques Prévert, Photos Détournées ». Elle présente plusieurs photocollages du poète. En effet, Prévert avait pour habitude d'emprunter à ses amis photographes leurs images et de les réinterpréter. A partir d'images de magazines, de reproduction de toiles célèbres, il réinventait les photographies de ses acolytes. Parfois trouvées au hasard, parfois chinées à la Foire à la Ferraille ou aux Puces, il donnait naissance à des images imaginées. On retrouve alors dans cette exposition les photographies de Brassaï, Izis, Ylla, Alexandre Trauner, André Villers, Pierre Boucher, Robert Doisneau, arrangées à la pâte de Prévert. Il y a aussi plusieurs courts films sur l'auteur diffusés et une vitrine qui donne à voir la correspondance de Jacques Prévert qui, elle aussi, est contaminée par les collages du poète. Dans cette vitrine, il y a une accumulation de petites images que l'auteur utilisait pour ses photocollages : des petits enfants, des animaux, des fleurs. Associées aux photographies, cela crée des images amusantes et poétiques, et un peu kitch, complètement en accord avec le style du poète. Cette exposition est une petite merveille, organisée par le concours de la société Fatras-Succession, qui est maintenant finie. Il vous reste les livres qui ont été consacrés à l'auteur pour vous restaurer les yeux des joyeux photocollages de Jacques Prévert.


dimanche 13 mars 2011

L'Image fantôme d'Hervé Guibert



S'il y a un livre que je chérie plus que les autres, il s'agit sans nul doute de L'Image fantôme1 d'Hervé Guibert. Un jour dans mon sac, l'autre dans ma bibliothèque, il m'accompagne dans le métro, peut me servir de livre de chevet le soir. Aujourd'hui, il est bien abîmé, preuve d'une vie mouvementée entre des déménagements de bagages et d'étagères. Il est tout le temps auprès de moi. C'est un livre qui m'est précieux, tant les textes de l'auteur m'interpellent et me touchent. Quand je lis ce livre, j'y reconnais des choses qui me sont familières. Je vois dans ce livre un condensé de vérités sur la photographie. Car il s'agit bien de ce sujet là dont parle Hervé Guibert dans L'Image fantôme. Le livre est constitué de plusieurs textes, comme des petites anecdotes mises à la suite les unes des autres. On pourrait très bien commencé la lecture par la fin du livre. On est, à chaque lecture, frappé par un texte qu'on aurait moins remarqué la première fois. Il y a toujours quelque chose de nouveau qui nous heurte quand on reprend ce livre. L'Image fantôme dégage une sorte d'universalité des expériences que nous faisons avec la photographie, alors même que l'auteur parle de manière subjective dans son livre.

Pour finir, c'est un livre plaisant à lire pour tous les amoureux de la photographie, qui nous rappelle à tous les clichés perdus dans nos boîtes à chaussures, la première image érotique ou pornographique qui est tombée sous nos yeux, toutes nos idées de scènes à photographier, etc.

Puisque j'aime énormément ce livre et qu'en le relisant ces derniers jours, il m'a été donné d'être frappée par un texte en particulier, je vous cite l'un d'eux (j'aurais pu en retranscrire bien d'autres, mais il faut savoir ne pas être trop gourmand).



LE SILENCE, LA BÊTISE2

    - La photo s'est infiltrée dans ta vie. Elle t'a envahi. Regarde ton appartement : ces piles de dossiers relatifs à des expositions, ces photos éparses. Même ton écriture, maintenant, est toute tournée, et aspirée par la photo. Il n'y a que les petites incartades de ton journal intime qui t'en échappent...

    - Figure-toi même que depuis quelques temps la photo est devenue un besoin physique. Je trempe dedans pour mon travail, et j'en use aussi pour me délasser. Je rentre chez moi vers sept heures, parfois harassé, autrefois je prenais un livre et je lisais (mais la lecture dans la fatigue plisse davantage mon front et sature mes yeux), je tentais de m'assoupir un peu, la nuque renversée sur mon fauteuil, les pieds sur ma table, en attendant que le téléphone me secoue. Maintenant je prends un livre de photos, et je regarde des photos, cela m'apaise, comme si je rentrais brusquement, par magie, dans un paysage, sans trouble de température, sans insecte, sans agression; sans aucune variation d'aucune sorte. Un équilibre total qui anesthésie mes nerfs. Et cela est aussi vrai pour un portrait. La photo est liée au silence.

    - Mais la photo n'est-elle pas aussi la bêtise ?

    - Tais-toi. Je compte bien me secouer bientôt, et brutalement, de cette fascination, mais je n'en ai pas encore fini avec elle...



Vous n'avez plus qu'à vous jeter sur ce livre pour connaître les autres textes qui le composent. Et pour mieux connaître cet auteur vous pouvez également découvrir en ce moment ses photographies à la Maison Européenne de la Photographie.



1Hervé Guibert, L'Image fantôme, éditions de Minuit, 2002 (1981).

2Ibid., p. 126.