mardi 9 octobre 2012
Chris Jordan
lundi 8 octobre 2012
Sculptures photographiques lumineuses de François Delebecque
jeudi 4 octobre 2012
Martine Lafon, "Peindre sur la couleur mouillée"
mercredi 19 septembre 2012
Lamia Ziadé

Découvrir des artistes qui nous étaient jusque-là inconnus, et qui de plus nous font l'effet d'une apparition merveilleuse, c'est toujours un moment magique.
C'est ce qui m'est arrivé samedi dernier quand je me suis rendue à l'exposition de la Fête de l'Humanité « Comme un souffle de liberté », qui regroupait plusieurs plasticiens du Maghreb et du Moyen-Orient. J'ai été frappée par les oeuvres de Lamia Ziadé, une artiste libanaise qui utilise la feutrine mais aussi d'autres tissus dans ses créations. Comment ne pas se rappeler les papiers découpés d'Henri Matisse ? Ou encore des oeuvres du pop art ? Les oeuvres de l'artiste qui étaient exposées représentaient des images de culture populaire : une couverture de cd fabriquée en feutrine, aux couleurs vives, figurant le visage ou la silhouette d'une chanteuse, le tout rassemblé dans un cadre avec un foulard coloré comme toile de fond.
Lamia Ziadé a réalisé toute une série sur les chanteuses. Samedi, je n'en ai eu qu'un échantillon.
Je ne connais pas la culture libanaise, tout comme sa musique. Elle est apparemment très populaire dans le monde arabe. Certaines interprêtes sont de véritables vedettes dans les sociétés orientales et arabes.
J'invite tous les amateurs d'art à aller visiter le site de cette artiste, http://www.lamiaziade.com/ par ailleurs illustratrice et écrivaine. Son univers vous enchantera peut-être comme il m'a enchantée.
mardi 26 juin 2012
Traces du végétal
"Traces du végétal", un bien joli titre pour le colloque qui s'est déroulé il y a deux semaines à la Maison des sciences humaines de l'Université d'Angers, les 13, 14 et 15 juin. Ce colloque s'est voulu pluridisciplinaire et a permis de croiser plusieurs regards spécialistes dans leur domaine propre. C'est en tant que spectatrice avide de connaître les différentes visions de chaque intervenant sur le thème de la trace (ou des traces) et du végétal que je suis allée à ce rendez-vous.
Pour la petite histoire, au hasard d'une rencontre professionnelle, c'est Régine Fabri, botaniste et responsable de la bibliothèque du jardin botanique national de Belgique, qui m'a informée de ce colloque.
Au total, 28 communications se sont succédées sur trois jours. Les différents exposés ont démontré que l'objet du colloque pouvait faire appel à une multitude d'approches. De la géographie à la littérature, le sujet aura été traité sous de nombreux angles. Une grande place aux arts plastiques était la part belle de la journée du jeudi. De plus, la Maison des sciences humaines accueillait justement le travail de Sandrine de Borman, une artiste belge qui a travaillé pendant un an en résidence au Jardin botanique national de Belgique. Elle présentait des oeuvre-papiers réalisées à partir de végétaux récupérés au gré de promenades au jardin et ensuite intégrés à un papier qu'elle fabrique elle-même. Elle exposait également des tissus empreints des différentes plantes. Nous avons eu aussi le plaisir d'assister à la première de la pièce Hortus (minor), un petit bijou théâtral qui nous donnerait presque la main verte.
On peut se demander pourquoi je m'attache à ce colloque, à ce thème tant mes préoccupations premières sont portées sur la photographie. Et bien justement la trace, c'est évidemment un processus physique qui fait sens en photographie ! Le papier va garder une empreinte d'une vision. C'est un procédé technique qui fixe une image, la capture. Le parallèle entre ces deux sujets est tout simplement évident. Et le hasard fait que je réfléchis actuellement à l'exploitation photographique d'empreintes végétales afin de constituer un herbier fantôme. Affaire à suivre.
mardi 24 avril 2012
VisitFinland par Martti Jämsä
lundi 26 mars 2012
Youssef Nabil

Quelle chance j'ai eu de voir la dernière exposition de Youssef Nabil. Elle se terminait justement ce week-end. La Maison Européenne de la Photographie nous offre parfois ce genre de surprise qui nous éblouit. J'ai découvert ici (et je pense cependant avoir déjà vu ces images) des photographies au charme incroyable. C'est peut-être un charme venu d'Orient tant les photographies de l'auteur baignent au coeur de ses racines égyptiennes. Mais je crois surtout que j'ai été séduite par les couleurs et la lumière qui émanent de ces photographies.

Youssef Nabil utilise en effet une technique particulière pour sublimer les portraits qu'il capture : il peint sur ces images, c'est ce qui renforce la beauté de ses personnages. Ce passionné de cinéma aime tirer le portrait des vedettes de films, de certaines icones.

L'exposition nous présente aussi une série de portraits de vieils hommes yéménites. Cette utilisation de la couleur chez ce photographe crée une véritable aura aux personnes représentées. C'est bien cette beauté et cette lumière, qui étaient évoquées quelques lignes plus haut, qui sont révélées ici.

Il utilise ce même procédé pour ses auto-portraits ou ses paysages. On ne peut pas s'empêcher de penser à l'ancienne carte postale illustrée. Ce qui m'a rappelée un autre travail d'une autre artiste : Les Dépliants photographiques de Muriel Bordier. Bien sûr, cette photographe utilise le procédé de la colorisation dans un but différent, mais on retrouve le même aspect un peu kitch dans le résultat final. Les couleurs s'éloignent de la réalité pour atteindre un état de l'ordre du rêve. Le travail de Youssef Nabil nous plonge dans un monde surréel.

L'exposition de la MEP est maintenant finie mais une visite sur son site peut toujours plaire aux plus curieux : http://www.youssefnabil.com/
dimanche 25 mars 2012
Isa Marcelli
dimanche 18 mars 2012
Festival Circulation(s)

Comment ne pas s'emballer pour le festival Circulation(s), qui se déroule en ce moment-même dans le sympathique cadre du Parc de la Bagatelle. L'exposition présente des travaux photographiques de jeunes artistes européens. Elle se divise en deux parties, respectivement au Trianon et à la Galerie Côté Seine. Le jury a sélectionné un large panel de sujets et thèmes pour cette manifestation. On découvre de jeunes talents très imaginatifs. En voyant ces photographies, on est frappé par l'esprit créatif qui émane de cette sélection. Bien sûr, nous retrouvons des thèmes déjà rencontrés dans la photographie (la famille, la consommation, le voyage, l'intime, etc.). On peut penser que cet événement ravira tous les amoureux de la photo tant elle est riche et se décline sous différentes formes : le reportage, la photographie plasticienne, la photo amateur.
L'exposition se termine le week-end prochain alors allez vite vous promenez là-bas. C'est gratuit en plus !
mardi 13 mars 2012
Brice Thévenot à la Galerie Artelie

Une brusque envie de reprendre la plume après la belle surprise que la galerie Artelie, à Paris, nous présente ce mois-ci. C'est une modeste exposition de compositions plastiques, mais pas des moins déplaisantes, qui nous est proposée dans ce lieu. Brice Thévenot pratique un art comprimé comme il l'appelle. En découvrant ses toiles, on reconnaît immédiatement les emballages de nos médicaments. Ce matériau est justement support à sa peinture, mais c'est surtout sa matière première pour travailler. Elle relève d'une importante entreprise de collecte. Sur la toile, ces emballages sont juxtaposés, jusqu'à créer une émotion esthétique. Bruts ou peints, l'emballage s'avère être un formidable matériau, polyvalent d'une certaine manière. Le volume et l'aspect métallisé de celui-ci permet de jouer sur plusieurs visions. Son volume crée de la forme à la toile. Le monochrome devient sculptural. Quant à la surface argentée de l'emballage, elle permet de faire émaner de la lumière de ses toiles.
Mais derrière cette lecture esthétique, cette accumulation de déchets médicamenteux témoignent aussi d'une consommation. Le matériau choisit par Brice Thévenot n'est pas innocent ; il est la marque d'une certaine ère de notre société. Il y a donc à la fois une vision purement esthétique de cette matière plastique, et dans un second temps une vision sociologique de sa démarche.
A découvrir jusqu'au 30 avril.
dimanche 6 novembre 2011
La photo de famille
Cinq mois sont presque passés depuis le dernier article Des Mots qui Regardent. Une petite parenthèse dans le temps m'oblige à m'investir dans d'autres projets. En attendant mes prochaines écritures photographiques, je vous propose d'écouter l'émission de Service public (France Inter) du 10 octobre dernier qui traite le thème de la photo de famille.
mercredi 29 juin 2011
Le tout-tourisme photographique
L'autre jour que je me promenais dans les jardins de Versailles, je me suis aperçue que nous étions dans une de ces périodes propices à la photographie. Pas n'importe quelle photographie bien sûr, celle de l'amateur évidemment. La saison estivale débute : les beaux jours s'installent, les vacanciers débarquent et les appareils photos sont de sortie. Tout est bon à capturer. A Versailles, il ne devait certainement pas y avoir un groupe de touristes sans un appareil photo. En voyant tous ces photographes amateurs, cela m'a rappelée la célèbre photographie de Martin Parr qui nous montre un groupe de touristes se faisant immortaliser devant le Parthénon à Athènes. Cette image n'est autre qu'une ironie de la photographie qu'on appelle « touristique ».
L'été est certainement le moment de l'année où l'amateur produit le plus de photos. Depuis la « démocratisation » de la pratique photographique, cela a toujours été. A partir du temps où les appareils photos ont été simplifiés et rendus accessibles aux classes moyennes (c'est-à-dire dans les années 1960 avec l'arrivée du premier Instamatic chez Kodak), la photographie est devenue populaire. Pour mieux comprendre ce phénomène, il nous suffit simplement de rappeler la raison de cet art populaire. Qu'est-ce qui nous pousse davantage au déclenchement de l'appareil photo pendant ces moments de distraction qu'en temps courant ?
Lors de nos loisirs ou de nos vacances, nous sortons du cadre quotidien, nous quittons nos occupations habituelles. Comme l'explique Rachid Amirou dans son livre Imaginaire touristique et sociabilité du voyage : « L'espace des vacances est une scène bien séparée du monde ordinaire, un simulacre d'île. C'est un univers théâtral. »1 Ces moments de détente sont consacrés à de la détente, à des activités sportives, à des divertissements, ou encore à des visites touristiques. La plupart du temps, nous aimons capturer ces instants par le moyen photographique. La photo touristique est souvent construite à partir d'un monument, d'un site célèbre ou d'un paysage digne d'une carte postale. Avec ces tableaux comme guise de scène, nous pouvons ainsi confirmer l'affirmation de Rachid Amirou qui parle de « théâtre » pour désigner l'espace des vacances.
Il nous arrive fréquemment de poser devant ces cadres. De cette manière, nous n'éternisons pas seulement le monument, mais plutôt nous-mêmes devant les édifices. Le monument c'est en fait le loisir-même et c'est ce que le photographe amateur va solenniser. Les images qui en résultent célèbrent ces temps forts que sont les loisirs et les vacances. De plus, la photographie nous permet, à nous touristes, de réaliser nos propres « cartes postales ». Ce sont nos images de paysages. C'est nous qui les avons prises.
Enfin, nous pouvons affirmer que la photographie s'impose aux touristes. Elle permet l'appropriation des lieux et elle sert de « support d'une remémoration individuelle ou collective »2, pour emprunter l'expression à Catherine Bertho Lavenir, auteur de l'ouvrage La Roue et le stylo. Cette dernière explique par ailleurs :
« L'usage social de la photographie ne se borne pas au moment du voyage. Les clichés permettent de s'en remémorer les moments intenses, entre participants, et de le re-présenter à ceux qui ne l'ont pas fait. De la même façon que la mémoire choisit les souvenirs, un tri s'opère dans les photographies. Épuré, simplifié, débarrassé de ses scories, le voyage photographique devient le voyage idéal. »3
La photographie est donc là pour rendre compte de ces moments idéaux, elle se doit de les représenter ainsi.
1Rachid Amirou, Imaginaire touristique et sociabilité du voyage, éd. PUF, collection « Le Sociologue », Paris, 1995, p. 117.
2Catherine Bertho Lavenir, La Roue et le stylo, éd. Odile Jacob, collection « Le Champ médiologique », Paris, 1999, p. 263.
3Ibid., p. 268 – p. 269.
lundi 13 juin 2011
Joachim Mogarra

Avez-vous remarqué, vous aussi, l'affiche choisie pour illustrer, cette année, la cinquième nuit européenne des musées qui s'est déroulée le mois dernier ? Il s'agit d'une photographie représentant des individus qui se dirigent vers l'entrée d'un lieu. L'auteur de cette image n'est autre que Joachim Mogarra. L'artiste utilise des moyens très simples ; avec un rien, il fabrique une petite saynète dans le noir : des bonhommes en papier, une maquette et une lune peut-être bien en papier mâché.
Cette affiche est tout à fait représentative de son oeuvre. En effet, Mogarra transcrit le monde dans son langage, celui des petits objets et de la photographie. Il accompagne souvent ces images de courts textes écrits à la main. L'association des deux crée généralement de l'amusement chez le spectateur.

Pour ces images, il emprunte un imaginaire enfantin qui parle d'aventure et met en scène des jouets. Dans la plaquette de sa dernière exposition, « Une vie aventureuse », qui a eu lieu au Point du Jour à Cherbourg, est écrit : « L'écart visible entre l'image et ce qu'elle est cencée représenter, les différences d'échelle et le mélange des registres provoquent immédiatement le rire ; mais avec légèreté ce sont aussi nos manières de voir et de penser que ces clichés mettent en question. »
En attendant sa prochaine exposition, vous pouvez vous procurer Récits de voyage paru cette année aux éditions du Point du Jour. Ainsi, vous pourrez profiter de l'univers jubilatoire de Joachim Mogarra.
samedi 16 avril 2011
Collages de Jacques Prévert, Photos Détournées

Une petite exposition, mais pas des moindres, s'est achevée la semaine dernière à la Maison Européenne de la Photographie : « Collages de Jacques Prévert, Photos Détournées ». Elle présente plusieurs photocollages du poète. En effet, Prévert avait pour habitude d'emprunter à ses amis photographes leurs images et de les réinterpréter. A partir d'images de magazines, de reproduction de toiles célèbres, il réinventait les photographies de ses acolytes. Parfois trouvées au hasard, parfois chinées à la Foire à la Ferraille ou aux Puces, il donnait naissance à des images imaginées. On retrouve alors dans cette exposition les photographies de Brassaï, Izis, Ylla, Alexandre Trauner, André Villers, Pierre Boucher, Robert Doisneau, arrangées à la pâte de Prévert. Il y a aussi plusieurs courts films sur l'auteur diffusés et une vitrine qui donne à voir la correspondance de Jacques Prévert qui, elle aussi, est contaminée par les collages du poète. Dans cette vitrine, il y a une accumulation de petites images que l'auteur utilisait pour ses photocollages : des petits enfants, des animaux, des fleurs. Associées aux photographies, cela crée des images amusantes et poétiques, et un peu kitch, complètement en accord avec le style du poète. Cette exposition est une petite merveille, organisée par le concours de la société Fatras-Succession, qui est maintenant finie. Il vous reste les livres qui ont été consacrés à l'auteur pour vous restaurer les yeux des joyeux photocollages de Jacques Prévert.
dimanche 13 mars 2011
L'Image fantôme d'Hervé Guibert

S'il y a un livre que je chérie plus que les autres, il s'agit sans nul doute de L'Image fantôme1 d'Hervé Guibert. Un jour dans mon sac, l'autre dans ma bibliothèque, il m'accompagne dans le métro, peut me servir de livre de chevet le soir. Aujourd'hui, il est bien abîmé, preuve d'une vie mouvementée entre des déménagements de bagages et d'étagères. Il est tout le temps auprès de moi. C'est un livre qui m'est précieux, tant les textes de l'auteur m'interpellent et me touchent. Quand je lis ce livre, j'y reconnais des choses qui me sont familières. Je vois dans ce livre un condensé de vérités sur la photographie. Car il s'agit bien de ce sujet là dont parle Hervé Guibert dans L'Image fantôme. Le livre est constitué de plusieurs textes, comme des petites anecdotes mises à la suite les unes des autres. On pourrait très bien commencé la lecture par la fin du livre. On est, à chaque lecture, frappé par un texte qu'on aurait moins remarqué la première fois. Il y a toujours quelque chose de nouveau qui nous heurte quand on reprend ce livre. L'Image fantôme dégage une sorte d'universalité des expériences que nous faisons avec la photographie, alors même que l'auteur parle de manière subjective dans son livre.
Pour finir, c'est un livre plaisant à lire pour tous les amoureux de la photographie, qui nous rappelle à tous les clichés perdus dans nos boîtes à chaussures, la première image érotique ou pornographique qui est tombée sous nos yeux, toutes nos idées de scènes à photographier, etc.
Puisque j'aime énormément ce livre et qu'en le relisant ces derniers jours, il m'a été donné d'être frappée par un texte en particulier, je vous cite l'un d'eux (j'aurais pu en retranscrire bien d'autres, mais il faut savoir ne pas être trop gourmand).
LE SILENCE, LA BÊTISE2
- La photo s'est infiltrée dans ta vie. Elle t'a envahi. Regarde ton appartement : ces piles de dossiers relatifs à des expositions, ces photos éparses. Même ton écriture, maintenant, est toute tournée, et aspirée par la photo. Il n'y a que les petites incartades de ton journal intime qui t'en échappent...
- Figure-toi même que depuis quelques temps la photo est devenue un besoin physique. Je trempe dedans pour mon travail, et j'en use aussi pour me délasser. Je rentre chez moi vers sept heures, parfois harassé, autrefois je prenais un livre et je lisais (mais la lecture dans la fatigue plisse davantage mon front et sature mes yeux), je tentais de m'assoupir un peu, la nuque renversée sur mon fauteuil, les pieds sur ma table, en attendant que le téléphone me secoue. Maintenant je prends un livre de photos, et je regarde des photos, cela m'apaise, comme si je rentrais brusquement, par magie, dans un paysage, sans trouble de température, sans insecte, sans agression; sans aucune variation d'aucune sorte. Un équilibre total qui anesthésie mes nerfs. Et cela est aussi vrai pour un portrait. La photo est liée au silence.
- Mais la photo n'est-elle pas aussi la bêtise ?
- Tais-toi. Je compte bien me secouer bientôt, et brutalement, de cette fascination, mais je n'en ai pas encore fini avec elle...
Vous n'avez plus qu'à vous jeter sur ce livre pour connaître les autres textes qui le composent. Et pour mieux connaître cet auteur vous pouvez également découvrir en ce moment ses photographies à la Maison Européenne de la Photographie.
1Hervé Guibert, L'Image fantôme, éditions de Minuit, 2002 (1981).
2Ibid., p. 126.
samedi 26 février 2011
Extases, Ernest Pignon-Ernest

Je ne pouvais pas ne pas écrire un petit mot sur la pièce d'Ernest Pignon-Ernest au Musée d'Art et d'Histoire de Saint Denis. Aussi court sera-t-il, il permet de garder en mémoire cette sublime oeuvre.
L'exposition est divisée en deux parties. D'un côté, on trouve l'installation Extases dans la Chapelle des Carmélites, de l'autre, les études préparatoires de l'oeuvre et les photographies de l'installation à la Chapelle Saint-Charles d'Avignon sont présentées dans une salle du musée. Bien entendu, les corps dessinés rejoignent les thèmes religieux qu'Ernest Pignon-Ernest a l'habitude d'explorer.
Ce qui est frappant concernant les photographies de l'installation c'est le statut d'oeuvre qu'elles prennent. On en oublierait presque leur caractère documentaire. Ce sont des photographies à la fois de scènes et architecturales.
La pièce maîtresse de cette exposition reste l'installation dans la Chapelle des Carmélites. L'installation est plongée dans le noir, les dessins sont simplement éclairés par une faible lumière, dessins qui se reflètent dans un plan d'eau. L'architecture de la chapelle vient elle aussi se refléter dans ce plan d'eau. Ce miroir est vertigineux et fascinant. L'espace prend une toute autre dimension. Le support des dessins courbé et ondulé donne lui aussi une autre dimension, il apporte du volume quelque part aux corps représentés. Le jeu des lumières donne la touche finale à cette oeuvre et offre au spectateur une pièce magnifique, oserais-je dire une épiphanie...
L'exposition se termine demain.
dimanche 13 février 2011
Après la photographie ?

Après la photographie ? est une question qui prend toute sa résonance dans notre époque. C'est aussi le titre du troisième tome de Quentin Bajac apparu l'an dernier aux éditions Gallimard1. Il pose en effet cette question à travers son livre qui dresse une sorte de bilan de la photographie : ce qui a fait la photographie, les différentes manières de l'utiliser, les artistes qui l'ont exploitée et explorée, les personnalités qui l'ont pensée et réfléchie.
Il faut rappeler que cet essai a été précédé de deux autres livres qui retracent, quant à eux, les origines de la photographie et ses premiers mouvements (je n'ai pas encore lu ces deux premiers tomes mais cela ne s'aurait duré).
* * *
Le livre se divise en deux parties. La première consiste à établir un bilan en reprenant l'histoire de la photographie amateur, du photojournalisme et de la photographie plasticienne. La deuxième partie va s'appuyer sur ces exemples pour questionner notre relation à l'image. En tenant compte du contexte actuel, on s'aperçoit du changement, voire de la dérivation, du statut de l'image dans notre société. La photographie en est transformée et nous ne faisons peut-être plus les mêmes clichés. Les artistes, et mêmes les amateurs, n'ont peut-être plus la même appréhension du médium. Dans ces circonstances, que devient la photographie ? De quoi est fait son avenir ? Revenons-en un peu au texte pour développer ces idées.
Le livre commence par un extrait du roman Bruit de fond de Don DeLillo :
« Dans un fouillis indescriptible, je trouve quelques albums avec des photos de famille, certaines datant au moins d'une cinquantaine d'années. Je les emmène dans la chambre à coucher. Nous passons des heures à les regarder, assis dans le lit. Des enfants grimacent au soleil, des femmes portent des chapeaux de paille, des hommes abritent leurs yeux d'une lumière aveuglante, comme si le passé possédait une luminosité qui n'existe plus de nos jours. Ce soleil éblouissant oblige ces gens endimanchés à surveiller leur expression pour atteindre le futur, avec, cependant, un sentiment assez trouble, malgré leur sourire timide et figé. Ils ont, malgré eux, une attitude sceptique vis-à-vis de l'appareil photographique. »2
Cet extrait introduit parfaitement le premier chapitre qui traite du sujet de la photographie amateur. Celui-ci décrit très bien nos comportements face à l'appareil et à l'image qui en résulte. Dans ce chapitre, Quentin Bajac explique la singularité de la pratique amateur. Elle débouche sur l'écriture du précieux ouvrage Un art moyen sous-titré « Essai sur les usages sociaux de la photographie ». Quentin Bajac explique aussi l'absence d'homogénéité de ce genre, si ce n'est qu'il est caractérisé par des formes de ratages.
Cette pratique amateur, celle du ratage comme elle est décrite, s'est amplifiée et popularisée avec l'apparition du premier Instamatic de Kodak dans les années 1960. Les artistes vont ensuite s'emparer de cette esthétique à des fins artistiques. Bajac mentionne comme exemples Bernard Plossu, Andy Warhol, Martin Parr, etc.
Il s'attaque dans son deuxième chapitre, à un tout autre sujet, celui du photojournalisme. Bajac part des années soixante où le reportage a été remanié, si l'on peut l'exprimer ainsi. Il dit à son propos qu'à cette époque, « face notamment à la concurrence de la télévision, la photographie de presse doit réexaminer ses pratiques comme ses objectifs pour tenter de mettre au point de nouveaux modes d'adresse au public et d'enregistrement du monde contemporain. »3 Les structures s'en trouvent transformées, de nouvelles agences apparaissent, et le photographe prend une place d'« auteur ». C'est sur cette dernière notion que Quentin Bajac fait remarquer « une distinction entre photojournalisme et photoreportage : d'un côté, une pratique centrée sur la collecte d'images d'actualité, souvent frappantes, à l'impact immédiat, reposant sur quelques stéréotypes et formatées pour la presse. De l'autre, un travail en profondeur, moins sensible à l'image choc, immédiatement lisible et compréhensible, davantage le fruit d'un regard d'auteur, singulier. »4 En guise d'illustration, on retrouve la Correspondance new-yorkaise de Raymond Depardon mais aussi des couvertures d'ouvrages comme The bikeriders de Danny Lyon, pour parler aussi de la transformation des modes de diffusion. Bajac souligne également dans ce chapitre la situation conflictuelle que le photojournalisme vit dans son activité que ce soit sur le terrain de la guerre ou du tragique accident qui l'accuse de voyeurisme. La photo sert à la fois d'information de l'histoire et de l'évènement.
Les trois chapitres suivants interrogent des points importants de la photographie : est-un art ? ou plutôt est-ce que la photographie peut être un art ? quels sont ses modes de diffusion ? et qu'a bouleversé le numérique tant au champ amateur que professionnel ? La question du photojournalisme a abordé un fait important : la photographie peut-être diffusée par plusieurs biais. De nouveaux moyens sont apparus tels que les festivals ; les éditions d'artistes se sont multipliées. Ces nouveaux moyens démontrent par la même occasion l'élévation de la photographie au rang d'un art majeur. Les artistes tentent d'ailleurs de porter à défaut la qualité technique principale d'enregistrement du médium. Quentin Bajac dit à ce propos que certains artistes travaillent « pour déconstruire une pseudo-vérité du langage photographique »5. Ils mettent ainsi en avant une qualité paradoxale du médium photographique, ce qui permet en quelques sortes de faire vaciller nos certitudes sur cette pratique d'enregistrement.
En dernier lieu, Quentin Bajac termine par questionner la condition actuelle de la photographie, notamment par rapport au numérique. Les comportements ont changés face à l'image et à l'appareil photo. Bajac explique en effet que le procédé d'enregistrement et le système de stockage des images ont été profondément modifiés. Bajac parle même plutôt de « mutations »6.Ces modifications restent fidèles à l'idée de départ de la photographie amateur : simplifier le moyen d'enregistrement. A ce propos, Bajac dit :
« Dotés de fonctions automatiques de plus en plus perfectionnées, équipés d'un écran couleur à cristaux liquides à l'arrière, les nouveaux appareils numériques apparus dans les années 1990 proposent désormais à l'utilisateur toute une gamme de programmes assistés par ordinateur (photo “macro”, “portrait”, “sport”, “nuit”, “sans flash”, “paysage”). Réduisant l'acte photographique à la seule opération de sélection du cadre et du moment, cette “invisible assistance”, vantée par la publicité, semble renouer avec le slogan du Kodak des origines : “You press the button we do the rest.” »7
De plus, le tirage, le stockage et la lecture des images ont subi ces mutations avec le numérique. On peut faire des tirages de chez nous grâce aux imprimantes de plus en plus perfectionnées qui sont maintenant de plus en plus accessibles. Les images peuvent être stockées sur des sites en ligne sur lesquels on regarde aussi ces mêmes images.
* * *
Vous aurez donc compris que ce petit livre est bien complet. On ne doute pas que les deux premiers tomes soient aussi réussis. Il me semble qu'un passionné de la photographie et de son histoire, curieux des rapports que nous entretenons avec l'image, prendra véritablement plaisir à lire ce livre comme moi j'en ai pris.
1Quentin Bajac, Après la photographie, De l'argentique à la révolution numérique, Gallimard, 2010.
2Ibid.
3Ibid., p.33.
4Ibid., p. 47.
5Ibid., p. 86.
6Ibid., p. 106.
7Ibid., p. 99.
samedi 12 février 2011
de retour...
Des voeux de bonne année sont-ils encore acceptables avec un mois de février déjà bien entamé ? Peu importe, c'est l'intention qui compte. Je souhaite à tous une bonne année, pleine de création et d'émotion artistique. Emerveillez-vous les yeux, émerveillez tous vos sens !
Je ne puis passer outre le fait de ma longue absence sur la toile (ce qui me vaut aujourd'hui de souhaiter la bonne année en date de péremption). Plusieurs mois sans poster un texte est inadmissible. Les aléas du quotidien ont pris le pas sur mes activités de bloggeuse spécialiste de la photographie. C'est pourquoi je me dois de me faire pardonner. Je vais donc m'atteler au travail et me charger sérieusement d'un programme. Au menu : une lecture d'Après la photographie de Quentin Bajac, une note sur un livre que j'apprécie énormément, L'Image fantôme, peut-être un coup d'oeil sur Les 1000 & 1 Lundis de Plonk & Replonk. Des livres et toujours des livres me direz-vous ! Mais loin de moi l'idée de m'enfermer dans les bouquins et de ne pas aller voir des tirages photos, être in real life avec la photographie.
Je ne m'attarde donc pas plus sur ce bulletin anecdotique et me remets dès maintenant à vous parler de photo !
jeudi 7 octobre 2010
Alexey Titarenko
Alexey Titarenko est un photographe russe. Il est né en 1962 à Saint Pétersbourg. A la fin des années 70, il intègre plusieurs groupes de photographes. En 1983, il sort diplômé du département d'art cinématographique et photographique de l'Académie de Culture de Leningrad. En 1997, Titarenko devient un membre de l'Union Russe des artistes. Il a reçu de nombreux prix par des institutions telles que le Musée de l'Elysée de Lauzanne en Suisse, le Soros Center for Contempory Art à Saint Pétersbourg, et le programme Mosaïque du Centre National d'Audiovisuel de Luxembourg. Il a participé à plusieurs festivals, biennales et projets internationaux, et il a eu plus de vingt-huit expositions personnelles à la fois en Europe et aux Etats-Unis. Il vit et travaille à la fois à Saint Pétersbourg et à New York, où la galerie Nailya Alexander le représente. Il est aussi représenté en France par la galerie Camera Obscura. Il a exposé en France, en Allemagne, en Italie, en Pologne, en Slovaquie, en Autriche, au Luxembourg et aux Etats-Unis. Ces photographies font partie de plusieurs collections, notamment celle de la Maison Européenne de la Photographie à Paris, celle de la George Eastman House à Rochester aux Etat-Unis, et bien d'autres.
Toute son oeuvre est dédiée à sa ville natale et à la Russie. Il photographie cette ville depuis qu'il a huit ans, où il tentait à cet âge de transcrire ses émotions sur les photographies. Ses photographies traduisent les tragédies humaines que Saint Pétersbourg a traversé. En 1986, il commence une série photographique intitulée Nomenklature des Signes. C'est une série en réaction contre le régime totalitaire de son pays. Mais c'est en 1992 que le photographe va acquérir son esthétique photographique propre en commençant une série photographique, intitulée La Citée des Ombres, et qu'il va prolonger dans les séries suivantes. Il emploie des effets de flou pour retranscrire une sensation d'atmosphère irréelle, fantasmagorique de la ville de Saint Pétersbourg.
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La série La Citée des Ombres, réalisée de 1992 à 1994, fait appel au flou pour signifier une foule en mouvement, « une marée humaine » comme Titarenko l'appelle1. Lors de ses balades dans la ville, il avait l'impression de rencontrer des ombres d'un autre monde. C'est pour cela qu'il lui fallait trouver une métaphore visuelle telle que le flou pour transmettre cette sensation au spectateur. Il photographie ses sujets dans des lieux de passage, dans des paysages urbains. Il trouve ces sujets lors de promenades dans l'espace social, dans l'espace publique. Il pratique en quelque sorte une photographie du déplacement, le sien et celui de ces individus anonymes qui peuplent ses images. Dans le livre consacré à Alexey Titarenko, le critique d'art Gabriel Bauret cite Dominique Fernandez « dans son ouvrage sur Saint Pétersbourg, à propos de la perspective Nevski : “La foule russe, ce fleuve ininterrompu d'hommes, de femmes et d'enfants, c'est ici qu'on la rencontre, sur des kilomètres. Le sentiment de devenir tout petit dans une marée humaine, c'est ici qu'on l'éprouve. Tolstoï, Moussorgski, Rimski-Korsakov, Profofiev, Poudovkine et Eisenstein nous avaient préparés à considérer la dissolution de l'individu dans la masse du peuple comme un trait spécifique de l'histoire russe. Nous constatons ici que la vision des grands créateurs est à peine une amplification lyrique de la réalité quotidienne.” »2 Il faut rappeler que la perspective Nevski est l'avenue principale de Saint Pétersbourg et qu'elle s'étend sur quatre kilomètres. C'est là que se situe la majorité des commerces, banques, la vie culturelle et nocturne. Le coeur de la ville se trouve dans cette grande ligne droite et ses environs.
Les photographies de l'artiste traduisent le désespoir et l'angoisse de l'époque par rapport à la crise économique du pays. Alexey Titarenko explique que les gens couraient d'un endroit où ils devaient retirer un ticket pour pouvoir se fournir de la nourriture, aux alimentations3. Les masses de gens de ces photographies traduisent d'une certaine manière cette course.

Sans Titre, photographie appartenant à la série La Citée des Ombres
Dans certaines photographies de La Citée des Ombres, on ne voit même plus les silhouettes des personnes. Par exemple, les images prises à l'entrée du métro ne montrent que les mains qui se tiennent aux rampes d'un escalier comme signes distinctifs de présence humaine. Les gens sont des fantômes.

Sans Titre, photographie appartenant à la série La Citée des Ombres

Sans Titre, photographie appartenant à la série La Citée des Ombres
Titarenko utilise aussi dans ces images la présence d'individus figés. On aperçoit alors des silhouettes humaines et même des visages parfois. Cependant ces silhouettes sont tout de même présentées au milieu d'un flux de personnes qui est toujours marqué par le flou d'un déplacement.

Sans Titre, photographie appartenant à la série La Citée des Ombres

Sans Titre, photographie appartenant à la série La Citée des Ombres

Sans Titre, photographie appartenant à la série La Citée des Ombres
Cette trace de ce flux est la marque du temps, pas celle d'un instant précis mais plutôt d'une durée. Les images de Titarenko sont en cela atemporelles. Le temps est en effet une notion importante de son travail. Il dit : « Dans mon travail, j'essaye d'introduire une troisième dimension, celle du temps, qui ajoute quelque chose de l'ordre de la continuité et de la narration... J'essaye de transposer le temps en un langage purement visuel. »4 Il donne même le titre Le Temps figé à l'une de ses séries photographiques. Le temps est sans arrêt en mouvement. C'est une portion de mouvement. Les images de cette série témoignent de ce mouvement qui ne définit pas un moment précis mais une durée éternelle :

Sans Titre, photographie appartenant à la série Le Temps figé

Sans Titre, photographie appartenant à la série Le Temps figé
Ces photographies sont comme les images de notre imaginaire sans lien avec le passé, le présent ou le futur. Elles sont éternelles.
Le flux humain contraste avec les figures figées et transmet un sentiment de solitude, d'isolement de ces personnes. Ces figures sont elles-mêmes des fantômes, des ombres par le déplacement de la foule qui les traverse et les noie dans son anonymat. Gabriel Bauret explique toujours dans le même livre : « Beaucoup de photographies d'Alexey Titarenko reposent ainsi sur un contraste entre ce qui est net et ce qui ne l'est pas, entre ce qui est lisible et ce que l'on croit deviner. Quelques-unes touchent à l'abstraction et reposent sur une démarche essentiellement plastique. Ce qui ne veut pas dire pour autant que ce qui est abstrait n'a pas de sens, la recherche “plastique” ayant selon les propres termes du photographe une fonction “métaphorique”. Ainsi que l'écrit Georgy Golenki : “Le flou de l'image est une métaphore de l'instabilité de l'existence humaine.” »5 Cette utilisation du flou permet de « peindre » une ville qui semble déserte.
Il est important de souligner l'aspect « peinture » de ses photographies. En effet, dans l'ouvrage sur l'artiste, cet aspect est remarqué dans le chapitre intitulé « La Peinture et les coups de pinceau » : « Il est possible de voir dans ce désir de jouer avec la lumière, de “donner” en quelque sorte des coups de pinceau, une sorte de néo-Pictorialisme. Dans le sens où il ne pratique pas la photographie pure mais exploite le procédé de manière à imprimer des mouvements et dessiner des formes qui le conduisent vers le travail du peintre. »6 ; ainsi que dans le chapitre consacré à la couleur, il est dit : « Georgy Golenki : “Titarenko, appliquant parfois à l'image le virage sépia, introduit ainsi délicatement la couleur.” Sans doute a-t-il gardé de son intérêt pour la photographie du XIXème siècle le goût des tons légèrement colorés. Au moment du tirage, certaines images l'emmènent parfois vers des couleurs plus prononcées. »7

Sans Titre, photographie appartenant à la série Le Temps figé
La photographie ci-dessus est tirée de la série Le Temps figé réalisée de 1998 à 2000. Ce qui a attiré l'attention du photographe lors de la prise de cette photo, c'est le morceau de papier que tient entre ces mains la vieille femme. Pour retranscrire cette attention au spectateur, pour rapprocher la sensation éprouvée lors de la prise sur l'épreuve photographique, l'artiste va procéder à un travail de blanchiment et de virage. Ainsi, le morceau de papier contraste énormément avec l'environnement qui entoure la vieille femme. La solitude de cette femme est accentuée par une atmosphère d'enfermement autour d'elle. Elle est entourée de silhouettes qui passent sans la voir. Un sentiment de mélancolie se dégage fortement de cette photographie.
L'utilisation de nuances de gris dans les images de Titarenko renvoie à quelque chose d'irréel. Cette atmosphère a inspiré le photographe, c'est ce que Saint Pétersbourg lui évoque et ce qu'il a toujours essayé d'exprimer dans son oeuvre. On peut facilement lier son travail à la photographie spirite. En effet, le flou fait partie du panel d'erreurs photographiques possibles. Au début de la photographie, certaines personnes croyaient que ces photos ratées étaient des preuves de l'existence de phénomènes spirites. La photographie a elle-même un caractère fantasmagorique par ces qualités techniques et Titarenko en joue. Mais ces erreurs photographiques sont aussi des révélateurs sur la personnalité du photographe. Titarenko projette son monde intérieur sur le monde extérieur. Il projetterait ses pensées sur la ville de Saint Pétersbourg sur la photographie.
Cet aspect fantomatique des figures dans la photographie d'Alexey Titarenko est encore plus accentuée dans la série Magie noire et blanche de Saint Pétersbourg réalisée de 1995 à 1997. Pour cette série, le photographe bouge son appareil. De cette manière, il donne à ces images une atmosphère aérienne et brumeuse. Il capte la lumière en lui donnant ainsi une épaisseur importante pour la rendre plus présente. Gabriel Bauret dit à ce propos : « Au moment du déclenchement, sur une pause de une à plusieurs secondes, Alexey Titarenko imprime parfois un rapide mouvement à l'appareil, de haut en bas, de gauche à droite ou en oblique. Ce qui a pour conséquence de provoquer dans l'image des effets de déplacement de matières, et en particulier de blancs. Car ce mouvement est guidé par la présence de sources ponctuelles de lumière, dans un environnement relativement sombre. Ces blancs qui bavent, forment des traînées, sont comme des nuées, des brumes qui envahissent l'espace. »8

Sans Titre, photographie appartenant à la série Magie noire et blanche de Saint Pétersbourg

Sans Titre, photographie appartenant à la série Magie noire et blanche de Saint Pétersbourg
Encore une fois dans ces photographies, l'être humain est mort, il est un fantôme qu'apparaît et disparaît sur l'image. Le site du Mois Européen de la Photographie décrit très bien ce phénomène : « Utilisant une longue exposition, il obtient l’effet de disparition, d’évaporation, beaucoup utilisé par les photographes du XIXème siècle. Ainsi la ville devient atemporelle. Il n’y a que le brouillard, l’instigation du diable, les fantasmagories qui règnent, comme dans les livres de Gogol ou Dostoïevski. »9 Il est certain qu'Alexey Titarenko reste très influencé par la photographie du XIXème siècle, qui fut d'ailleurs l'objet de sa thèse soutenue en 1983, mais aussi par la littérature de la même époque et par la musique. En effet, la série Magie noire et blanche de Saint Pétersbourg est inspirée par le concerto pour violon de Brahms10. La musique a des incidences sur le regard de Titarenko sur la ville. Ses photographies sont en quelque sorte des illustrations de ce concerto11.
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Les figures qui peuplent ces images sont les êtres de Saint Pétersbourg, ses habitants, ses ombres, ses fantômes. Ils incarnent la ville. On pourrait presque dire alors que ce sont des être sociaux. Ils incarnent le vécu, la mémoire de la ville. De plus, ces fantômes nous interpellent en tant qu'êtres appartenant à un lieu. Nous sommes nous aussi les ombres d'un lieu, les individus anonymes d'une marée humaine. Cette foule absorbe le temps et l'espace.
Récemment, l'artiste a déplacé son langage photographique propre sur deux autres villes qui sont Venise et La Havane. Ces villes présentent des mêmes thèmes éternels que Saint Pétersbourg tels que l'eau, les canaux,... Les photographies de ses séries présentent encore quelque chose de l'ordre de l'irréel. On suppose que ces lieux éveillent chez le photographe des émotions mystérieuses comme avec sa ville natale. Le langage photographique de l'artiste tout entier résonne dans la question de la pensée de l'image lors de ses promenades au résultat fantasmagorique final, en passant par la fabrication de la photo.
1Rebecca Houzel, L'art et la manière, Arte France et Image & Compagnie, 2005.
2Gabriel Bauret, Alexey Titarenko Photographs, Nailya Alexander, 2003, p. 81.
3Rebecca Houzel, op. cit.
4Gabriel Bauret, op. cit., p. 26.
5Ibid., p. 35.
6Ibid., p. 42.
7Ibid., p. 52.
8Ibid., p. 40.
9http://www.2004.photographie.com/?autid=104141
10Gabriel Bauret, op. cit., p. 57.
11Ibid., p. 58.






